Pourquoi les chrétiens peuvent être la clé d’une Syrie unie
Plus d’un an après la fuite de Bachar al-Assad vers Moscou et la fin de la guerre civile, la Syrie reste une nation en transition précaire. Le gouvernement intérimaire reconstruit les institutions, remodèle les relations extérieures et limite la portée de l’Iran. Les tensions récentes impliquant les zones kurdes soulignent à quel point la réintégration reste fragile.
Mais l’espoir brille dans un endroit qui compte vraiment.
Au milieu de ces changements tourbillonnants, l’espace pour la liberté religieuse s’ouvre lentement – et se maintient. Les chrétiens syriens émergent non seulement comme une communauté à protéger, mais aussi comme un groupe de soutien à l'unité civique – preuve que la citoyenneté peut compter plus que la secte.
C’est pourquoi la récente période de Noël a eu un poids inhabituel. Cela reflète le passage d'une simple tolérance à quelque chose de plus rare dans l'histoire récente de la Syrie : la confiance du public. Chrétiens et musulmans ont partagé les rues pour célébrer. Un sapin de Noël est même apparu aux portes du palais présidentiel – une image que beaucoup considèrent comme un signal modeste mais délibéré de renouveau national.
Au cours des semaines allant du 25 décembre au Noël orthodoxe du 7 janvier, la Syrie a offert bien plus que des scènes festives. Cette fête est devenue une mesure de la transition elle-même – celle de savoir si le pluralisme public peut résister aux tensions politiques. Pour les chrétiens de Syrie, trop souvent intégrés dans les récits étrangers ou réduits à des victimes permanentes, ce moment a mis en lumière une vérité plus profonde : ils ne sont pas périphériques à l’avenir de la Syrie ; ils peuvent en être au cœur.
Le christianisme en Syrie est ancré dans l'histoire de la nation – depuis la conversion de Paul sur la route de Damas jusqu'aux restes de Dura-Europos sur l'Euphrate, qui abrite l'une des premières églises de maison connues.
Au fil des siècles, les chrétiens syriens – les communautés grecque orthodoxe, assyrienne/syriaque, gréco-melkite catholique, maronite et autres – ont contribué à façonner la culture, l’érudition et la vie publique du pays. Ils ont été les pionniers de l’imprimerie arabe à Alep et ont contribué au nationalisme syrien moderne, laissant une empreinte qui reste partie intégrante de l’identité syrienne.
Oui, les chrétiens ont célébré Noël sous la dictature brutale d’Assad. Mais le contexte était fondamentalement différent. La célébration était tolérée tant qu’elle restait apolitique, autorisée dans un système qui exigeait le respect plutôt qu’une véritable inclusion. Comme les autres Syriens, les chrétiens ont appris à garder des attentes modestes : la foi publique était possible ; la liberté publique ne l’était pas. L’espoir d’un changement systémique était quelque chose à murmurer, pas à proclamer.
L’horrible guerre civile qui a duré 14 ans a approfondi cette dynamique. Des églises ont été endommagées ou détruites, des communautés ont été déplacées et la peur est devenue monnaie courante. Des reportages indépendants ont documenté des attaques contre des civils chrétiens et contre des sites religieux vieux de plusieurs siècles au milieu du conflit plus large.
Ce qui distingue les chrétiens syriens aujourd'hui, ce n'est pas seulement ce qu'ils ont enduré, mais aussi les choix que beaucoup font concernant l'avenir du pays depuis l'effondrement complet du régime d'Assad en décembre 2024. Alors que certaines voix ont évoqué la décentralisation, les arrangements fédéraux, voire la division selon des critères ethniques et religieux, les dirigeants chrétiens en Syrie ont toujours mis l'accent sur un État uni. Pour eux, la cohésion est primordiale – la citoyenneté plutôt que la partition.
Ce choix se répercute au-delà de la Syrie. À Washington et dans d’autres capitales, les minorités chrétiennes du Moyen-Orient sont souvent considérées comme un baromètre de la sécurité des minorités. Lors de réunions avec des défenseurs de la société civile syrienne, les législateurs américains reviennent à plusieurs reprises sur la même question : comment se portent les chrétiens syriens ?
Lorsque les membres du Congrès ont effectué un voyage historique l’année dernière pour rencontrer des dirigeants religieux du vieux Damas, de Sednaya et de Maaloula, ils ont entendu un message étonnamment cohérent : un optimisme prudent, un soutien au changement politique, un rejet de la partition et un appel à la levée des sanctions imposées par les États-Unis à Assad – afin que les Syriens puissent reconstruire leurs maisons et leurs moyens de subsistance.
Ces messages façonnent les débats à l’étranger. Si les chrétiens syriens avaient réagi par la peur ou par le retrait, cela aurait pu renforcer les arguments en faveur de sanctions prolongées (qui ont maintenant été entièrement levées), d’un isolement plus profond ou d’une fragmentation sous la bannière de la « protection des minorités ». Au lieu de cela, leur message a été catégorique : l’unité plutôt que la division, l’égalité des citoyens contre le séparatisme, l’espoir contre la peur.
C’est important. Cela va à l’encontre des affirmations selon lesquelles la Syrie est vouée à une rupture sectaire. Cela affaiblit les agendas extérieurs qui voudraient redessiner les frontières. Et cela renforce les arguments en faveur de la reconstruction, de la souveraineté et d’un avenir civique partagé.
Le spectacle de chrétiens célébrant ouvertement aux côtés de leurs concitoyens n’était pas sans précédent. Ce qui semblait nouveau, c’était ce qu’il représentait : une insistance discrète, exprimée en public, sur le fait qu’une Syrie dans laquelle il vaut la peine de vivre doit être construite ensemble – ou elle ne sera pas construite du tout.
Un sapin de Noël aux portes du palais présidentiel ne certifie pas le succès d'une révolution. Mais cela reflète un pari public – des citoyens et de ce nouvel État – sur ce que pourrait être la prochaine Syrie : un pays où l'appartenance n'est pas accordée par la foi mais garantie indépendamment de celle-ci. Ce pari est fragile. C’est aussi, pour les Syriens de toutes origines, une raison de continuer à choisir l’unité plutôt que la peur.
Et c’est quelque chose de beau en quoi croire.

