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Dans « Magnifica Humanitas », le pape Léon présente une vision de l'IA axée sur les personnes

(RNS) – Ce printemps, quelque chose de nouveau est apparu lors des étapes de démarrage à travers le pays. Les orateurs qui ont invoqué l’intelligence artificielle ont été accueillis par des huées et des gémissements de la part des diplômés qui sentent, à juste titre, que la technologie n’est pas orientée vers ce qui compte le plus pour l’être humain. Ce malaise ne se limite pas aux diplômés et ne constitue pas un rejet de la technologie. Il transcende les clivages politiques et reflète une question que se posent de nombreux Américains : à qui s’adresse l’IA et qui laisse-t-elle derrière elle ?

Lundi 25 mai, le pape Léon XIV a proposé une réponse. « Magnifica Humanitas », son enseignement historique sur l'intelligence artificielle, fournit non seulement un diagnostic des enjeux, mais aussi des principes directeurs qui répondent à l'urgence de notre moment. Dès le début de son pontificat, Léon a manifesté son engagement à lutter contre la révolution de l'IA, en choisissant son nom en référence directe à Léon XIII, le pape qui, pendant la révolution industrielle, a insisté sur le fait que l'humain doit passer en premier, même face à la transformation économique. Avec « Magnifica Humanitas », le pape Léon a tenu cet engagement.

L'insistance de l'Église catholique sur la dignité de chaque personne remonte aux Évangiles. Son engagement dans la technologie et l’économie de marché a commencé avec « Rerum Novarum », le document de 1891 qui a inauguré l’enseignement social catholique moderne, et depuis lors, il s’est engagé dans des questions impliquant la dignité humaine, la technologie et le travail. « Magnifica Humanitas » ajoute à cette tradition le sérieux et le poids que mérite notre moment, ainsi que l'autorité morale et la confiance que le pape Léon a acquises au cours de sa première année.

La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer notre monde : cette transformation est déjà en cours. La question est de savoir si cette transformation fera progresser la dignité humaine et si elle bénéficiera aux travailleurs dont les moyens de subsistance sont en train d’être remodelés, ainsi qu’à ceux qui n’ont pas de place à la table où les décisions sont prises. Ces questions sont au cœur du malaise exprimé par de nombreux Américains, et ce sont les questions auxquelles le pape Léon s’attaque directement.

Il fonde sa réponse sur la dignité humaine que chacun de nous partage. Il identifie comme « particulièrement insidieuse » une idéologie qui « suggère que chacun doit mériter ou justifier sa propre valeur, au point d’attribuer une plus grande valeur à ceux qui sont plus efficients ou efficaces ».» La réponse de Léon est claire : la dignité d'une personne ne dépend pas de ce qu'elle peut « accomplir ou produire ». Chaque personne possède une dignité fondamentale que nul ne peut légitimement nier.

Il ne s’agit pas d’une affirmation partisane. Le malaise suscité par l’IA s’étend à tout le spectre politique, depuis les organisateurs syndicaux préoccupés par l’automatisation jusqu’à ceux de droite préoccupés par l’érosion de l’action humaine, et depuis ceux qui se concentrent sur les biais algorithmiques jusqu’à ceux qui se concentrent sur la surveillance. Ce que propose le pape Léon est un cadre qui transcende les divisions, non pas en masquant les désaccords réels, mais en commençant par quelque chose qui les précède : la valeur irréductible de la personne humaine.

Outre l’accent mis sur la dignité humaine, « Magnifica Humanitas » soulève deux autres principes qui méritent une attention particulière. Premièrement, la dignité du travail ; ce que nous faisons façonne qui nous sommes, et la technologie qui dégrade ou dévalorise le travail humain n’est pas un progrès ; c'est une grande perte. L’IA doit être conçue pour responsabiliser et compléter les travailleurs, et non pour les déqualifier ou les surveiller. Deuxièmement, prendre soin des personnes vulnérables ; La manière dont notre société traite ceux qui en ont besoin est la véritable mesure de notre engagement en faveur du bien commun. La façon dont les systèmes d’IA sont construits fera progresser la dignité humaine et le bien commun ou laissera encore plus loin les plus vulnérables, et nous faisons de tels choix maintenant.

Ce ne sont pas des principes abstraits. Ce sont des critères qui permettent de façonner des actions concrètes, de la part de chacun d’entre nous et des décideurs politiques, investisseurs, législateurs et dirigeants d’entreprise qui décident de la manière dont l’IA est construite, déployée et gouvernée. Comme le dit Léon : « Nous ne pouvons pas cautionner les enthousiasmes naïfs, ni alimenter des craintes infondées. Au lieu de cela, établissons des normes de discernement – la dignité de la personne humaine, la destination universelle des biens, l'option préférentielle pour les pauvres, le souci de notre maison commune et de la paix – et traduisons ces normes en pratiques… » Cette traduction est l'œuvre de la vie démocratique.

Le pape Léon a exprimé cette conviction de manière constante dans différents contextes au cours de l’année écoulée, affirmant que de telles décisions conséquentes appellent l’engagement de l’ensemble des voix dans notre vie publique, en commençant par chacun d’entre nous. Ce travail nous appelle à participer activement en tant que citoyens, à travailler ensemble au-delà de nos différences pour le bien commun et à agir aux côtés de nos alliés à l’étranger plutôt que de faire cavalier seul.

« Magnifica Humanitas » est la propre contribution de l'Église à ce travail. Il émane de l'une des institutions de la société civile les plus importantes au monde, avec une présence physique dans les communautés du monde entier, et avec des siècles d'expérience sur le terrain et une riche tradition morale pour éclairer cette conversation. Il offre ce dont notre époque a un besoin urgent : un vocabulaire et un cadre de principes à la hauteur des questions dont nous sommes confrontés.

Comme l’écrit le pape Léon : « Nous devons sauvegarder avec amour la grandeur de l’humanité qui nous a été donnée et révélée dans sa plénitude dans le Christ, dont aucune machine ne pourra jamais remplacer la splendeur ». Des personnes appartenant à de nombreuses traditions religieuses, voire à aucune, partagent les mêmes convictions. Avec « Magnifica Humanitas », l’Église catholique répond à cet appel, en apportant les premiers principes aux défis les plus importants de notre temps.

(Kim Daniels est directrice de l'Initiative sur la pensée sociale et la vie publique catholiques de l'Université de Georgetown. Les opinions exprimées dans ce commentaire ne reflètent pas nécessairement celles de Religion News Service.)