Les Noirs peuvent-ils être racistes ?
Il y a eu récemment un débat entre l’apologiste chrétien Frank Turek, qui est blanc, et le pasteur Charlie Dates, qui est noir, modéré par le pasteur Derwin Gray, qui est également noir. J’utilise le mot de manière vague parce que le pasteur Gray n’était pas un parti neutre. Tout au long du débat, il s’est toujours rangé du côté du pasteur Dates, a fréquemment interrompu Frank Turek et a inséré ses propres réfutations plutôt que de faciliter une discussion impartiale.
Un échange a été particulièrement révélateur. Frank a demandé comment notre société peut avancer sans adopter le racisme inversé. Le pasteur Gray a répondu :
« Le racisme est différent des préjugés. Le racisme signifie qu’il existe un groupe de personnes qui ont en réalité un pouvoir sur un tout autre groupe. Les préjugés sont plus individuels… Culturellement, pour moi, je n’ai pas le pouvoir de créer des lois ou une culture qui vont affecter des masses de gens. «
Cela soulève une question importante. Pourquoi le pasteur Gray s’est-il senti obligé de corriger l’utilisation du terme par Frank ?
Il comprenait clairement le principe biblique qui sous-tend la question de Frank. Les Écritures enseignent que faire preuve de partialité est un péché. Il est ordonné aux chrétiens de ne pas juger les gens sur leur apparence extérieure et de ne pas faire de discrimination fondée sur l’origine ethnique ou la couleur de la peau. Le pasteur Gray lui-même a affirmé cette éthique biblique lorsqu’il a déclaré : « En tant que chrétiens, nous devrions toujours, toujours dire : ‘Non, je veux vous traiter de la manière dont je veux être traité.’ »
S’il est d’accord avec cette prémisse biblique, pourquoi insister pour distinguer le racisme des préjugés ?
La réponse, je crois, est que la compréhension du pasteur Gray de la race et de la justice a été davantage façonnée par la sociologie laïque que par les Écritures.
Historiquement, le mot faisait simplement référence aux préjugés raciaux. Un raciste était quelqu’un qui croyait qu’une race était supérieure à une autre ou qui nourrissait des attitudes préjudiciables envers les autres en fonction de la race.
La définition désormais populaire du racisme comme « préjugés plus pouvoir » n’a pas émergé de la théologie biblique ni même des définitions des dictionnaires traditionnels. Il est né de la sociologue et socialiste Patricia Bidol-Padva, qui a introduit le concept en 1970. Dans ce cadre, le racisme n’est plus simplement un préjugé personnel. Cela devient un préjugé soutenu par un pouvoir institutionnel ou sociétal.
Cette redéfinition a eu d’énormes conséquences. Il a été utilisé pour affirmer que les Noirs ne peuvent pas être racistes parce que nous sommes censés manquer de pouvoir systémique, tandis que les Blancs peuvent être racistes quelles que soient leurs convictions ou leurs actions personnelles parce qu’ils appartiennent au groupe majoritaire. Plus important encore, ce cadre change fondamentalement là où nous localisons le problème.
La vision biblique du monde enseigne que le racisme commence dans le cœur humain. Comme tout autre péché, il découle de la corruption de la nature humaine déchue. Jésus a enseigné que les pensées pécheresses, la haine et les mauvaises actions proviennent du cœur. La solution réside donc dans la puissance transformatrice de l’Évangile, qui réconcilie les pécheurs avec Dieu et leur apprend à aimer leur prochain sans partialité.
Le cadre sociologique détourne l’attention du cœur vers les systèmes, les institutions et les structures de pouvoir.
Au fil du temps, la définition s’est encore élargie. Aujourd’hui, de nombreux défenseurs affirment que le racisme ne nécessite même pas de préjugés raciaux. Toute institution qui produit des résultats inégaux entre les Américains noirs et blancs peut être qualifiée de raciste, même si personne au sein de cette institution ne nourrit de convictions racistes ou ne fait intentionnellement de discrimination. Selon cette définition, les disparités elles-mêmes deviennent une preuve de racisme. Cela représente un écart significatif par rapport à la compréhension biblique de la justice.
La Bible évalue systématiquement les individus selon la vérité, l’impartialité et l’égalité. Les Écritures condamnent l’inégalité des poids et mesures, la partialité dans le jugement et le favoritisme fondé sur la richesse, l’origine ethnique ou le statut social. La justice est enracinée dans la droiture et l’application cohérente de la loi morale de Dieu, et pas seulement dans l’obtention de résultats statistiques égaux.
Une fois que le racisme est défini avant tout comme un pouvoir structurel, l’Évangile commence inévitablement à paraître insuffisant.
Après tout, si le problème fondamental n’est pas celui des cœurs pécheurs mais des systèmes oppressifs, alors changer les cœurs ne peut pas être la solution principale. L’Évangile peut être accueilli comme un point de départ, mais il doit être complété par un activisme visant à démanteler les structures de pouvoir.
Cela aide à expliquer pourquoi le pasteur Dates définit la réponse chrétienne comme « protestation et prière », le sous-titre de son livre. La prière seule est considérée comme inadéquate parce que le problème le plus profond est supposé exister en dehors du cœur individuel. Les implications pratiques sont importantes.
Plutôt que de se demander si quelqu’un est coupable de préjugés raciaux, de haine ou de partialité coupable, la conversation se tourne vers des questions sur le pouvoir, les privilèges et les résultats du groupe. Plutôt que d’examiner si les lois sont impartiales ou si la justice est administrée équitablement, l’accent est mis sur l’existence de disparités statistiques entre les groupes raciaux.
Ce changement explique également pourquoi Frank Turek a eu du mal à gagner du terrain lorsqu’il discutait de politiques spécifiques et de solutions pratiques. Il tentait d’évaluer les lois, les principes et l’éthique biblique. Le pasteur Dates opérait dans un cadre complètement différent, qui donne la priorité à l’analyse sociologique plutôt qu’aux catégories bibliques.
Il est également révélateur que le pasteur Dates ait reconnu que son livre ne contient aucune proposition politique spécifique. Cet aveu est logique car l’objectif principal n’est pas une réforme législative mais une posture continue de protestation contre les systèmes d’oppression perçus. L’accent est mis sur la refonte du récit culturel plutôt que sur l’évaluation des politiques individuelles selon leurs propres mérites.
C’est le danger auquel les chrétiens sont confrontés lorsque la sociologie laïque devient le prisme à travers lequel les Écritures sont interprétées.
La question n’est pas de savoir si la sociologie peut fournir des observations utiles sur la société. C’est certainement possible. Les chrétiens ne devraient pas ignorer les réalités historiques ou les modèles sociaux. Le problème surgit lorsque la sociologie passe du statut d’outil descriptif à celui d’autorité interprétative qui remodèle les définitions bibliques du péché, de la justice, de la repentance et de la réconciliation.
Lorsque cela se produit, les catégories bibliques sont discrètement remplacées par des catégories laïques. Le péché devient oppression au lieu de rébellion contre Dieu. La justice devient l’équité des résultats au lieu d’une justice impartiale. La réconciliation devient un activisme au lieu d’un pardon fondé sur l’Évangile.
Les chrétiens devraient certainement se soucier de la justice, mais notre compréhension de la justice doit toujours être définie par les Écritures plutôt que par des théories académiques laïques. Chaque fois que la sociologie et l’Écriture entrent en conflit, l’autorité de la Parole de Dieu doit prévaloir.
Le pasteur Dates et le pasteur Gray illustrent ce qui se passe lorsque la sociologie est autorisée à façonner la vision chrétienne du monde. Au lieu de permettre aux Écritures de définir le racisme, la justice et la réconciliation, ces catégories sont réinterprétées à travers le prisme de la théorie sociale moderne.
Le résultat est une vision de la justice qui commence à s’éloigner de l’Évangile au lieu d’en découler.
