Un nouveau rapport montre le lien entre la corruption et la persécution des chrétiens à l'étranger
Une nouvelle étude a montré une corrélation entre des niveaux élevés de corruption gouvernementale et une persécution accrue des communautés chrétiennes dans plusieurs pays. Soulignant la nécessité d'une réponse internationale concertée, le rapport souligne un lien direct entre les pratiques de corruption au sein des organismes gouvernementaux et les politiques discriminatoires à l'encontre des chrétiens.
Le rapport, intitulé « Corruption et persécution des chrétiens » et publié ce mois-ci par l’organisme américain de surveillance des persécutions International Christian Concern, montre que les gouvernements corrompus échouent souvent à protéger les droits des minorités, ce qui conduit à des environnements dans lesquels la persécution des chrétiens est soit ignorée, soit tacitement soutenue.
Le rapport corrobore diverses études, notamment les rapports de Transparency International, qui cherche à combattre la corruption mondiale et la définit comme l'utilisation abusive du pouvoir public à des fins privées. ICC suggère que le fait que les pays présentant des niveaux élevés de corruption connaissent également d’importantes persécutions chrétiennes n’est pas une simple coïncidence.
Dans le rapport, le groupe cite des exemples provenant de pays reconnus comme les pires persécuteurs des chrétiens.
En Afghanistan, la corruption imprègne plusieurs secteurs, y compris le gouvernement et les forces de l’ordre, compromettant gravement les protections juridiques et sociales des minorités, indique le rapport, soulignant que la corruption omniprésente a permis aux interprétations extrémistes de la loi islamique de prospérer, mettant ainsi les convertis chrétiens en grave danger. Ils font face à des conséquences désastreuses, notamment des menaces de mort et l’exclusion sociale, les fonctionnaires corrompus fermant souvent les yeux ou même tolérant de tels actes.
Au Nigeria, la corruption entrave non seulement le développement économique mais a également un impact direct sur la sécurité des populations chrétiennes. La corruption a facilité l'absence de responsabilisation pour les actes de violence contre les chrétiens, qui constituent près de 70 % des meurtres religieux dans le pays, selon le rapport, qui suggère que cette négligence est souvent due aux relations corrompues entre les responsables locaux et les groupes extrémistes.
La situation en Azerbaïdjan, un pays à majorité musulmane, où l’année dernière a pris le contrôle militaire du Haut-Karabakh – une région majoritairement habitée par 120 000 chrétiens d’origine arménienne – reflète un schéma similaire.
En Azerbaïdjan, une grande tolérance à l'égard de la corruption au sein de la population affecte toutes les couches de la société, y compris le traitement des minorités religieuses. « L'économie du pays, en particulier son industrie pétrolière et gazière, est sensible aux pratiques de corruption, avec des rapports faisant état d'un copinage répandu parmi les responsables gouvernementaux et les élites économiques », indique le rapport.
Il ajoute que la « tolérance à la corruption » est également élevée au sein de la population azerbaïdjanaise, les citoyens ordinaires utilisant des pots-de-vin pour contourner les lois en leur faveur. Comme dans de nombreux pays, la constitution de l’Azerbaïdjan garantit la liberté de religion, mais les chrétiens sont confrontés à des restrictions, à des violences et à des intimidations.
Au Pakistan, des preuves empiriques suggèrent que la corruption et les persécutions religieuses ont des effets néfastes sur la croissance économique du pays, selon l'étude. Les conséquences économiques sont profondes, dans la mesure où la corruption et la persécution des chrétiens dégradent conjointement la stabilité économique, décourageant les investissements étrangers et freinant la croissance nationale à travers un cycle d’instabilité et de méfiance.
En Inde, l’imbrication de l’idéologie nationaliste hindoue et de la corruption gouvernementale crée une synergie entre l’oppression des minorités religieuses, notamment des chrétiens. Cette collusion conduit à des politiques et à des pratiques d’application de la loi qui ciblent de manière disproportionnée les chrétiens, depuis l’inaction de la police jusqu’à la discrimination juridique, sous couvert du maintien de la suprématie culturelle hindoue, selon l’étude.
Au Myanmar, la combinaison de la corruption et de la persécution religieuse se manifeste par une discrimination systémique appliquée à la fois par les forces gouvernementales et militaires. La corruption historique et actuelle au sein des structures coloniales du Myanmar permet une exploitation et un ciblage continus des communautés chrétiennes, en particulier dans les régions en proie à des conflits ethniques, selon la CPI.
De même, en Érythrée, la corruption généralisée parmi les responsables gouvernementaux a facilité une répression sévère des libertés religieuses, selon le rapport, qui cite le Département d'État américain (2020) pour souligner que le manque de transparence et de responsabilité du régime érythréen a permis la perpétuation de de graves violations des droits humains contre les chrétiens, qui sont souvent détenus dans des conditions inhumaines sans procès.
En Chine, le contrôle strict exercé par le gouvernement sur les activités religieuses est aggravé par des pratiques de corruption qui affectent tous les niveaux de la bureaucratie, permettant des violations généralisées des droits humains. À mesure que les fonctionnaires gravissent les échelons bureaucratiques, leur implication dans des activités de corruption augmente, en particulier celles qui répriment les pratiques religieuses non autorisées, indique le rapport. La corruption entraîne de graves répercussions sur les chrétiens, notamment la surveillance, la détention arbitraire et des sanctions sévères sans procédure régulière, alors que l'État cherche à éliminer toute menace potentielle à son autorité.
L’étude fait également référence au rôle des récits contrôlés par l’État et des pratiques médiatiques corrompues dans l’intolérance publique et la discrimination à l’égard des chrétiens, en particulier dans les pays du Moyen-Orient.
ICC suggère qu’une réponse internationale concertée est essentielle pour relever le double défi de la corruption et de la persécution des chrétiens.
Il exhorte les groupes de défense et les organismes internationaux à collaborer plus étroitement pour imposer des sanctions contre les fonctionnaires corrompus et les régimes qui perpétuent la persécution religieuse. Le groupe appelle en outre à des partenariats internationaux pour fournir asile et soutien aux personnes persécutées afin d'atténuer les dangers immédiats auxquels elles sont confrontées tout en faisant pression sur leurs pays d'origine pour qu'ils se réforment.

