Le baptême n’est pas un symbole ou un sortilège. C’est un traité.
Avant que les premiers chrétiens ne soient plongés dans l’eau, ils ont fait quelque chose que nous avons oublié. Ils se tournèrent et parlèrent à l’ennemi. A haute voix, debout au bord de l’eau, chacun déclarait : « Je renonce à toi, Satan, et à toutes tes œuvres. » C’est seulement alors qu’ils furent baptisés. Pour eux, le baptême n’était pas une cérémonie religieuse. C’était un changement de camp dans une guerre.
Nous avons perdu cela. Aujourd’hui, le baptême est généralement traité comme l’une des deux choses suivantes : un symbole, un signe assez public d’un sentiment intérieur privé ou, à l’autre extrême, une sorte de rituel magique dont les mots exacts ont le pouvoir. Les deux ne s’intéressent pas à ce que le Nouveau Testament dit réellement : un serment d’allégeance, au moment où une personne traverse une frontière pour passer d’un royaume à un autre. Et la raison pour laquelle nous le manquons tient à un seul mot que nous avons mal lu.
Le mot est « nom ». Jésus ordonne à ses disciples de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28 : 19). Lorsque nous entendons « nom », nous entendons une étiquette – le son qui distingue une personne d’une autre. La Bible ne veut presque jamais dire cela. Dans l’Écriture, un nom est autorité, réputation, statut juridique, présence – la personne rendue portable, portée dans un mot. Agir « au nom de quelqu’un », c’est agir avec son autorité. C’est même de cela que parle le fameux commandement : « Tu ne prononceras pas le nom de l’Éternel en vain ». Ce n’est pas principalement une règle contre les malédictions. Cela signifie ne pas fausser son nom – ne pas le porter à la va-vite, ne pas le dénaturer. Israël était la nation qui portait le nom de Dieu devant le monde qui nous regardait, et le porter et le trahir était un péché. Le nom n’est pas une balise. C’est l’autorité et la présence de celui qui le possède.
Cela change tout dans le commandement du baptême. L’expression utilisée par Jésus – « au nom » – était une expression courante dans l’ancien monde des affaires et du droit. Placer quelque chose « au nom » d’une autre personne revenait à le transférer dans la propriété de cette personne, à le déplacer sur son compte. Ainsi, être baptisé « au nom », c’est être cédé – transféré hors de la juridiction d’un propriétaire et dans celle d’un autre. C’est un changement de propriétaire. Un changement de citoyenneté. C’est exactement pourquoi l’Église primitive a obligé les convertis à renoncer d’abord à Satan : vous ne pouvez pas vous inscrire sous un nouveau roi sans quitter formellement l’ancien.
Et il y avait un ancien propriétaire à quitter. La Bible enseigne que les nations ont été, en réalité, livrées à des puissances spirituelles moindres qui sont ensuite devenues corrompues (Deutéronome 32 ; Psaume 82), de sorte que toute personne en dehors de l’alliance est née sous une juridiction qui n’a jamais été censée les gouverner. Le baptême est le passage de la frontière hors de ce territoire occupé. C’est pourquoi Pierre peut dire, presque d’un seul souffle, que « le baptême vous sauve maintenant » et que le Christ ressuscité est monté au ciel « avec des anges, des autorités et des puissances qui lui sont soumises ». Le baptême ne sauve pas en tant que lavage magique — Pierre prend soin de dire qu’il ne s’agit pas « d’une élimination de la saleté du corps ». Il constitue un serment de loyauté envers le roi qui a vaincu ces puissances. Le mot qu’il utilise pour désigner le baptême – souvent traduit par « appel » – a la force d’un engagement, d’un serment. Le baptême est le moment où vous prêtez serment.
Cela clarifie également une vieille énigme qui préoccupe les lecteurs depuis des siècles. Jésus dit : « le nom » – au singulier – et non « les noms ». Il ne nomme pas trois propriétaires distincts et ne vous demande pas de les énumérer. Il vous inscrit sous une seule autorité divine, une seule identité légale, maintenant révélée comme Père, Fils et Esprit. Et l’objection selon laquelle « le Saint-Esprit n’a pas de nom » se dissout tout simplement, car « le nom » n’a jamais été une étiquette personnelle que quiconque devait posséder. C’est l’autorité du Dieu unique, et l’Esprit est incontestablement un agent de cette autorité. Le baptême n’est pas un mot de passe dont il faut saisir les syllabes. C’est une allégeance que vous jurez.
Alors, écoutez ce qu’était réellement votre propre baptême, si vous appartenez à Christ. Ce n’était pas une formalité humide, ni une tradition familiale, ni une case cochée. C’était le jour où vous avez publiquement changé de royaume – le jour où vous avez été exclu du compte de l’ennemi et entré dans celui de Dieu, juré sous son nom, enrôlé dans sa cause. Vous n’êtes pas simplement devenu symboliquement pur. Vous avez fait défection. Vous avez traversé une ligne sous le feu des critiques, renoncé aux pouvoirs qui détenaient votre monde et juré votre loyauté au roi légitime – et le Ciel a enregistré cela comme un changement de citoyenneté, déposé sous un nouveau nom.
Ainsi, la prochaine fois que vous regarderez quelqu’un aller sous l’eau, ne voyez pas de rituel suranné et ne voyez pas de sortilège magique. Voyez un prisonnier de guerre franchir la ligne d’arrivée du côté des vainqueurs. Voyez un être humain transféré – hors de la possession de pouvoirs qui ne l’ont jamais possédé de droit, au nom et à la maison du Dieu qui l’a créé. Les paroles prononcées au-dessus de l’eau n’ont jamais été une incantation. C’étaient les termes d’un traité : un royaume renonça, un autre y entra. Et celui qui sort de l’eau appartient, maintenant et pour toujours, à un nouveau Roi.
