Comment le chrétien doit-il appréhender les richesses ?

Publié le 6 Mai 2020

Quels rapports le chrétien doit-il entretenir avec l'argent et les richesses ? A partir de quel point commence l'idolâtrie ?

Quels rapports le chrétien doit-il entretenir avec l'argent et les richesses ? A partir de quel point commence l'idolâtrie ?

Contrairement aux anglo-saxons, les français sont généralement assez discrets lorsqu’il s’agit de parler d’argent. On s’en méfie et on a tendance à suspecter, voire haïr ceux qui en ont. Le Président Emmanuel Macron  a été qualifié de "président des riches" lors de sa réforme sur l'ISF . Les nantis ont mauvaise presse. Mais est-ce vraiment un mal de posséder plus que les autres ? Dans cet article, nous étudierons la manière de considérer l’argent et les richesses en tant que chrétien.

 

1) La difficile définition de la richesse

 

Comment définiriez-vous la richesse ? Quels critères utiliseriez-vous ? Sommes-nous considérés comme riche lorsque l’on gagne plus de 5000€ par mois ou dès lors que nous avons un toit et de la nourriture à chaque repas ?

Nous avons là un concept indéfinissable : nous sommes tous le riche de quelqu’un, que ce soit à quelques centaines ou à quelques milliers d’euros près. Une personne avec une situation financière difficile dans un pays riche a certainement de meilleures conditions de vie qu’un habitant de la classe moyenne d’un pays pauvre. Par ailleurs, les avancées technologiques, les progrès de la médecine et le confort de nos sociétés modernes font que nous sommes bien plus privilégiés que la plupart des nantis du passé.

Tout ça pour dire que parler de « riche » n’a finalement pas beaucoup de sens car c’est une notion abstraite et subjective. C’est pourquoi, il me semble plus pertinent d’analyser la relation que nous entretenons avec l’argent et les richesses, plutôt que d’essayer de ranger les gens dans des classes sociales.

2) Le chrétien face à l'argent et aux richesses

 

a) L'argent est un bon serviteur

 

Tout ce que Dieu a créé est bon et rien ne doit être rejeté, pourvu qu’on le prenne dans une attitude de reconnaissance, car cela est rendu saint par la parole de Dieu et la prière.

Timothée 4.4-5

 

Lorsqu'un chrétien parle de gestion d'argent, beaucoup réagissent en disant : "Ah bon ?  Ce n’est pas un peu contradictoire ?"

En effet, comme dit précédemment, l’argent est mal perçu dans notre société et même parfois dans nos milieux chrétiens.

 

Pourtant, l’argent n’est qu’un bout de papier ou une écriture bancaire servant de moyen d’échange. Il est vrai que certains sont prêts à se corrompre ou faire le mal pour en obtenir, mais le problème c’est l’être humain, pas l’argent. Ce dernier est un outil, il n’a aucune valeur morale en soi.

Avec des fonds, vous pouvez aider votre église locale, financer des œuvres chrétiennes et soutenir les plus démunis. L’argent est un instrument efficace qu’il est possible de mettre au service de Dieu.

 

Donc n’ayez pas peur de gagner de l’argent mais restez tout de même vigilants car l’idolâtrie et les convoitises qu’il suscite peuvent présenter un vrai danger.

 

 

b) L'argent est un mauvais maitre

 

Dans la Bible, on compte plusieurs milliers de versets qui traitent de l’argent et des richesses. Pour l’anecdote, parmi les 39 paraboles de Jésus, 11 abordent directement ou indirectement ce sujet.

Comment expliquer une telle surreprésentation de ce thème dans les écritures ? Howard Dayton répond en disant que notre attitude envers l’argent est un excellent indicateur de notre relation avec Dieu : soit nous suivons l’argent et les richesses du monde, soit nous suivons Dieu. C’est une mise en garde que la Bible nous fait.

 

Continuons maintenant avec un verset qui est souvent mal interprété :

 

L’amour de l’argent est en effet à la racine de tous les maux. En s’y livrant, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé eux-mêmes bien des tourments.

1 Timothée 6.10

 

Ici, Paul ne condamne pas l’argent et les richesses mais bel et bien l’amour de l’argent.

John Piper définit l’amour de l’argent en ces termes « L’amour de l’argent, c’est mettre son espérance dans l’argent et non en Dieu. C’est croire que l’argent va combler nos besoins, nous apporter une sécurité et nous rendre heureux. L’amour de l’argent représente en fait l’opposé de la foi en Dieu ».

Il serait faux de penser que seuls les plus fortunés sont concernés par l’amour de l’argent, une personne avec des moyens plus modestes peut également mettre sa confiance dans les richesses en cherchant absolument à s'enrichir avec l’espoir d’une vie meilleure. C’est pourquoi nous devons tous être vigilants face à l’amour de l’argent.

On retrouve de nombreux versets qui nous mettent en garde, en voici quelques-uns :

 

Celui qui aime l’argent n’en sera jamais rassasié et celui qui aime les richesses n’en profitera pas. Cela aussi, c’est de la fumée.

Ecclésiaste 5.10

 

Tel est le sentier de tout homme assoiffé de profit: le gain malhonnête cause la perte de son propriétaire.

Proverbes 1.19 

 

Puis il leur dit: «Gardez-vous avec soin de toute soif de posséder, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, même s’il est dans l’abondance.»

Luc 12.15

 

Prenons donc garde de ne pas laisser l’argent régner sur notre vie mais utilisons le pour faire avancer le Royaume.

3) Des exemples de riches dans la Bible

 

Dans la Bible, on trouve des personnes fortunées pour qui l’argent ne constituait pas un frein dans leur relation avec Dieu. A titre d’exemple, on peut citer Abraham, Isaac, Jacob, Job, David pour l’ancien testament, ou encore Joseph d’Arimathée, les femmes mécènes en Luc 8.3, le centurion Corneille pour le nouveau testament.

Les écritures nous présentent également des personnages pour qui l’argent était une pierre d’achoppement. On peut mentionner le voleur Acan lors de la prise de Jericho, Judas qui a livré Jésus contre 30 pièces d’argent ou encore l’homme riche qui cherchait à obtenir la vie éternelle :

 

Jésus lui dit: «Si tu veux être parfait, va vendre ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.» Lorsqu’il entendit cette parole, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Jésus dit à ses disciples : «Je vous le dis en vérité, il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.» Quand les disciples entendirent cela, ils furent très étonnés et dirent: «Qui peut donc être sauvé?» Jésus les regarda et leur dit: «Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu  tout est possible.

Matthieu 19.21-26

 

En lisant ce récit, on pourrait en déduire qu’il est nécessaire d’abandonner tous ses biens pour gagner le Salut. Soyons clair, Jésus ne condamne pas les richesses et les possessions mais la cupidité et l’idolâtrie de l’homme. Jésus avait bien compris que le dieu de cette personne fortunée était l’argent. Il n’était pas disposé à suivre Jésus.

Comment le chrétien doit-il appréhender les richesses ?

Par ailleurs, il est important de comparer ce passage avec d’autres textes bibliques :

Mais Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit : Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. 

Luc 19.8-9

Ici, Jésus ne reprend pas Zachée pour lui dire que ce n’est pas suffisant et qu’il doit vendre l’intégralité de ses biens pour gagner la vie éternelle. Malgré sa fortune, Zachée avait mis Dieu en premier dans son cœur.

4) Se protéger contre l'amour de l'argent

 

Afin de se protéger contre les effets néfastes de l’argent et des richesses, j’aimerais vous partager quelques principes à appliquer :

 

Le contentement

 

Dans le milieu chrétien, deux extrêmes sont généralement observés lorsque qu’il est question de finances personnelles : l’évangile de la prospérité qui dit que Dieu nous veut tous riches et son contraire l’évangile de pauvreté (les richesses et possessions sont mauvaises). Il me semble que la Bible nous propose une troisième voie qui est celle du contentement.

 

Ce n’est pas à cause de mes besoins que je dis cela, car j’ai appris à être satisfait de ma situation. Je sais vivre dans la pauvreté et je sais vivre dans l’abondance. Partout et en toutes circonstances j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans le besoin.

Philippiens 4.11-12

 

Éloigne de moi la fausseté et le mensonge, et ne me donne ni pauvreté ni richesse, mais accorde-moi le pain qui m’est nécessaire! Sinon je risquerais, une fois rassasié, de te renier et de dire : «Qui est l’Éternel?» ou, après avoir tout perdu, de voler et de m’en prendre au nom de mon Dieu.

Proverbes 30.8-9 

 

Que votre conduite ne soit pas guidée par l’amour de l’argent, contentez-vous de ce que vous avez. En effet, Dieu lui-même a dit : Je ne te délaisserai pas et je ne t’abandonnerai pas.

Hébreux 13.5

 

La nature humaine tend naturellement au mécontentement, nous imaginons qu’en possédant davantage, nous serons plus satisfaits. La Bible nous rappelle que notre principale richesse est en Dieu et que peu importe notre position dans la société, nous devons être reconnaissants de ce que nous avons.

 

L’objectif ici n’est pas de renoncer à nos désirs ou de fermer la porte à d’éventuelles améliorations de nos conditions de vie, mais plutôt d’accepter notre situation actuelle et de garder à l’esprit que rien sur terre ne pourra nous combler, si ce n’est Dieu.

 

 Spurgeon possessions richesses
 

 

La frugalité

 

Dans l'article Protestantisme, Capitalisme et Max Weber, est abordé le style de vie très ascétique des puritains du 17e. Cette conduite avait pour objectif de se protéger contre les tentations de la richesse. Pour eux, ce n’était pas l’enrichissement qui était condamnable mais le repos dans la possession, la jouissance des richesses et ses conséquences : oisiveté, tentation de la chair et ne plus chercher une vie sainte. Ils s’abstenaient d’achats inutiles car ils étaient pleinement conscients que l’argent appartenait à Dieu et qu’ils devraient rendre des comptes lors du jugement, comme c’est le cas dans la parabole des talents.

Sans tomber dans l’ascétisme extrême, pourquoi ne pas s’inspirer de ce mode de vie frugal et vivre en dessous de nos moyens ? La société de consommation nous pousse à dépenser notre argent pour des choses qui ne sont pas toujours nécessaires. Nous pouvons très bien vivre sans télévision, restaurants, cafés, loisirs, voyage, habits couteux, grosse voiture …

 

En agissant ainsi, l’excédent dégagé pourrait être utilisée de manière plus intelligente.

 

La libéralité

 

Au 18e siècle, l’évangéliste et théologien anglais John Wesley avait remarqué une corrélation forte entre l’accroissement des richesses et la sécularisation. Les protestants, qui étaient pourtant des contributeurs indéniables de ce développement économique, abandonnaient progressivement la foi et la vie pieuse à mesure que leur niveau de vie augmentait. Pour ne pas tomber dans ce piège, John Wesley incitait ses fidèles à donner avec une grande générosité.

 

“N’y-a-t-il pas moyen de prévenir cela, de faire obstacle à cette décadence continue de la vraie religion ? N’empêchons pas les gens d’être diligents et frugaux (…) que ceux qui gagnent tout ce qu’ils peuvent et épargnent tout ce qu’ils peuvent, donnent tout ce qu’ils peuvent afin de se fortifier dans la grâce et d’amasser un trésor au ciel”.

John Wesley

 

Paul recommandait également aux riches de se montrer généreux.

Aux riches de ce monde, ordonne de ne pas être orgueilleux et de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais dans le Dieu [vivant,] qui nous donne tout avec abondance pour que nous en jouissions. Ordonne-leur de faire le bien, d’être riches en belles œuvres, de se montrer généreux, prêts à partager. Ils s’assureront ainsi en guise de trésor de bonnes fondations pour l’avenir, afin de saisir la vie éternelle.

1 Timothée 6 .17-19

 

Donner son argent à son église locale, des œuvres chrétiennes ou aux nécessiteux est un excellent moyen de lutter contre l’amour de l’argent. En faisant cela, nous participons à l’avancement du Royaume de Dieu et nous nous amassons de trésors célestes.

 

 dons Randy Alcorn
 

 

voir l'exemple de William Colgate : William Colgate : un engagement et une foi en Christ qui permirent la naissance d'un empire

 

L'éternité comme perspective

 

Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

Matthieu 6.19 -21

 

Ce passage pourrait laisser penser que Jésus nous appelle à fuir toutes les richesses terrestres. Dans son livre Managing God’s Money: A Biblical Guide, Randy Alcorn nous explique comment comprendre ce verset :

« L’argument principal du Christ contre l’amassement des biens matériels n’est pas que c’est moralement mauvais mais plutôt que c’est un mauvais investissement. (…) Les trésors sur terre ne durent qu’un temps, les trésors du ciel durent éternellement »

 

Comment faire pour obtenir ces trésors célestes dont parle Jésus ? La Bible nous révèle différentes manières de gagner ces récompenses mais d’un point de vue financier, c’est en donnant que l’on en acquiert.

 

Vendez ce que vous possédez et faites don de l’argent. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans le ciel, où le voleur n’approche pas et où la mite ne détruit pas.

Luc 12.33

 

Celui qui accorde une faveur au pauvre prête à l’Éternel, qui lui rendra son bienfait.

Proverbes 19.17

 

Lorsque tu organises un festin, invite au contraire des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, et tu seras heureux, car ils ne peuvent pas te rendre la pareille. En effet, cela te sera rendu à la résurrection des justes.

Luc 14.13-14

 

En gardant une perspective éternelle, vous serez en mesure de faire les bons choix ici-bas et vous vous amasserez de trésors inoxydables avec les meilleurs rendements et cela pendant des milliards d’années.

5) Conclusion

 

Pour conclure, voici une intervention de Chuck Bentley  : 

«La Bible ne condamne jamais la richesse, donc la question n’est pas de savoir si l’on a un excès de biens matériels ou non. La Bible condamne explicitement la cupidité et l’égoïsme. La question est une question de cœur. Nous devons examiner nos motivations et les fins auxquelles nous utilisons l’argent. Nous sommes responsables devant Dieu de la façon dont nous utilisons l’argent, que nous en ayons beaucoup ou un peu. »

Chuck Bentley, PDG de Crown Financial Ministries

 

 

source : sagesseetfinance.com

Rédigé par PERSCH Emmanuel

Publié dans #études

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