L’Algérie bride l’expansion des évangéliques

Publié le 3 Juin 2018

Dans une église protestante à Tizi-Ouzou à 40km d'Alger. En 2010, des saccages de lieux de cultes chrétiens étaient déjà constatés. (photo : Louafi Larbi/REUTERS)

Dans une église protestante à Tizi-Ouzou à 40km d'Alger. En 2010, des saccages de lieux de cultes chrétiens étaient déjà constatés. (photo : Louafi Larbi/REUTERS)

Il s’appelle Nourdine. Il habite à Tiaret, près d’Oran, en Algérie. De nationalité algérienne, il a juste le malheur d’être… chrétien. Ou plutôt de ne pas être musulman, religion d’État dans ce pays. Cet homme d’une trentaine d’années, père de deux enfants, est totalement découragé. Lors d’un jugement prononcé le 16 mai, il a évité, certes, deux ans de prison ferme, mais à quel prix! 100.000 dinars d’amende. Soit cinq fois le salaire de base mensuel en Algérie. Son méfait? Avoir été arrêté lors d’un barrage routier, non pas avec 3 kg de drogue dans sa voiture mais trois… bibles! Lors de l’interrogatoire de police qui a suivi, cet homme honnête a refusé de mentir. À la question: «Si un musulman vous avait demandé une bible, la lui auriez-vous donnée?» il a répondu oui.

Des exemples similaires pleuvent. Stock de bibles en arabe bloquées par les douanes, scellés apposés sur les lieux de culte pour en interdire l’accès, intimidations en tous genres, tracasseries administratives, procès. «Même quand des juges tranchent en faveur des chrétiens, les préfets passent outre le droit et posent des scellés», affirment les chrétiens. «À l’heure où l’Algérie envoie, d’une main, 100 imams en France pour le ramadan, elle étouffe, de l’autre, le droit des chrétiens à vivre leur foi et à se développer», accusent-ils. Et quand Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, rencontre, le 15 mars à Alger, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa – notamment sur la question de la lutte contre la radicalisation et l’envoi de 100 imams en France -, silence total de ces ministres, notent-ils, sur la persécution radicale menée par l’Algérie contre les chrétiens protestants.

«L’État laisse les catholiques tranquilles tant qu’ils ne font pas de baptêmes, ni de prosély­tisme»

Au point que jeudi 24 mai, l’EPA (Église protestante d’Algérie) convoque une assemblée générale extraordinaire à Alger pour tenter de sortir de l’implacable étau. Ces chrétiens jugent vraiment cocasse l’initiative de «la Journée internationale du vivre ensemble» lancée à grand bruit dans le monde, par l’Algérie le 16 mai dernier.

Avec 68 500 chrétiens, soit 0,2 % d’une population de 41 millions d’habitants, ces croyants seraient une menace pour la sécurité du pays? Les catholiques et les orthodoxes pèsent peu: respectivement 6 000 pour les premiers (expatriés et étudiants noirs africains) et 1 300 pour les seconds (expatriés). «Quand on demande aux catholiques de prendre position et de nous soutenir, ils se taisent. Ils restent neutres. L’État les laisse tranquilles tant qu’ils ne font pas de baptêmes, ni de prosélytisme», explique Mustapha Krim, ancien président de l’EPA et pasteur à Bejaïa. Il donne l’exemple d’un homme de conscience, pourtant ancien avocat, religieux dominicain et actuel évêque d’Oran, Mgr Jean-Paul Vesco, qui n’est pas intervenu sur la fermeture d’une librairie à Oran, sa propre ville. Des scellés ont été posés sur cet établissement parce que le propriétaire est un chrétien protestant.

«En France, les musulmans obtiennent des droits, et nous, chrétiens algériens, on nous les enlève»

Même mutisme sur les scellés posés sur les portes du temple protestant historique de la ville et sur trois églises de la région. «En France, les musulmans obtiennent des droits, et nous, chrétiens algériens, on nous les enlève. Nous demandons seulement 1 % de la liberté religieuse en Algérie dont jouissent les ressortissants et descendants algériens musulmans en France, pas plus, propose Mustapha Krim. Comment nos 45 lieux de culte et nos 60 000 fidèles seraient-ils une menace face à 35 000 mosquées? La vérité est que nous dérangeons parce que nous enregistrons des conversions. Si nous sommes à 95 % des convertis de l’islam, nous demeurons des citoyens algériens comme les autres avec les mêmes droits. Et s’ils fermaient tous nos lieux de culte, il y aurait alors une multiplication, avec 45 000 églises domestiques.»

Cet homme, avec Ali Khidri, secrétaire général de la Société biblique, terminait, la semaine dernière à Paris, une tournée européenne pour alerter l’opinion sur cette cause. Tout remonte à une ordonnance présidentielle de 2006 visant à endiguer le dynamisme des communautés évangéliques protestantes. «Tout recommence, dénoncent ces deux hommes, nous sommes repartis à la case départ de la persécution.»

Deux à cinq ans de prison pour qui convertit un musulman

Depuis le 28 février 2006,  une ordonnance signée  par le président de la République algérienne condamne lourdement  tout acte de conversion  d’un musulman à une autre religion.

L’article 3 précise toutefois que  «les associations religieuses autres que musulmanes bénéficient  de la protection de l’État». Mais c’est l’article 11 qui pose tout  le problème puisqu’il prévoit que: «Sans préjudice des peines plus graves, est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende  de 500 000 DA (dinars algériens, NDLR) à 1.000.000 DA quiconque:

1/ Incite, contraint ou utilise  des moyens de séduction tendant  à convertir un musulman à une autre religion, ou en utilisant à cette fin  des établissements d’enseignement, d’éducation, de santé, à caractère social ou culturel, ou institutions de formation, ou tout autre établissement, ou tout moyen financier.

2/ Fabrique, entrepose ou distribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou tout autre support ou moyen qui vise  à ébranler la foi d’un musulman.»

 

SUR LE MEME SUJET : Algérie : les menaces contre les conversions au christianisme

 

source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/05/22/01016-20180522ARTFIG00306-l-algerie-bride-l-expansion-des-evangeliques.php

Rédigé par PERSCH Emmanuel

Publié dans #Eglise persécutée

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